Et si le problème n’était pas le problème ?

Au fil des années passées à travailler avec des personnes issues des horizons professionnels et des parcours de vie les plus divers — entrepreneurs, dirigeants, responsables politiques, spécialistes, auteurs, mais aussi personnes traversant des périodes complexes dans leurs relations, leurs finances ou leur santé — je n’ai jamais cessé de rechercher et d’étudier des méthodes permettant de comprendre plus rapidement et plus précisément l’essence de ce qui se joue réellement dans une situation donnée.

Ce qui m’a toujours intéressée n’est pas tant le symptôme ou le problème lui-même que le mécanisme qui se trouve derrière lui.

Qu’est-ce qui permet réellement à une personne de voir ce qu’elle ne voyait pas auparavant ?

Qu’est-ce qui lui permet d’accéder à une information déjà présente dans son expérience, mais qui demeure inaccessible dans son état de conscience habituel ?

Et surtout : qu’est-ce qui a provoqué telle ou telle difficulté, y compris lorsqu’elle concerne la santé ?

Ces dernières années, j’ai étudié de manière particulièrement approfondie l’hypnose, les états de transe, les mécanismes d’identification et la pensée symbolique. Dans le même temps, je continue à rassembler et à structurer les principes fondamentaux sur lesquels reposent mon travail ainsi que la philosophie de Maison Duval.

C’est au cours de cette période qu’une observation s’est imposée à moi. À première vue, elle paraît extrêmement simple. Pourtant, plus je l’examine, plus elle me semble fondamentale.

Si quelque chose existe dans notre expérience comme une totalité, nous sommes capables de le conceptualiser.

Si nous sommes capables de le conceptualiser, nous sommes capables d’en créer ou d’en découvrir une représentation symbolique.

S’il existe une représentation symbolique, il devient possible d’entrer en contact avec elle.

Et s’il est possible d’entrer en contact avec elle, il devient possible de l’explorer, de lui poser des questions et d’en recevoir des informations.

À première vue, cela peut sembler abstrait. Regardons cela de plus près.

Imaginons une personne qui affirme :

« Mes relations sont compliquées. »

Généralement, nous commençons par analyser les personnes impliquées dans ces relations.

Qu’a fait l’un ? Qu’a fait l’autre ? Qui a raison ? Qui a tort ? Que faut-il changer ?

Mais à un moment donné, une question intéressante apparaît.

Pourquoi appelons-nous cela une relation ?

S’il ne s’agissait que de deux personnes, nous parlerions uniquement de ces deux personnes.

Or nous disons :

« Ma relation avec cette personne. »

Autrement dit, la psyché distingue déjà quelque chose de troisième.

Il y a une première personne. Il y a une seconde personne. Et il y a la relation entre elles. Nous percevons cette relation comme un système autonome.

Et si ce système est autonome, il peut être conceptualisé.

S’il peut être conceptualisé, il peut être représenté sous la forme d’un symbole.

Dès lors, il devient possible d’explorer non seulement les personnes concernées, mais également la relation elle-même comme un système distinct.

C’est précisément à cet instant qu’un tout autre point d’observation s’ouvre.

Car nous cessons alors de regarder la situation exclusivement à travers les yeux de l’un des participants.

Nous obtenons la possibilité de modifier temporairement notre position d’observation.

On peut envisager l’apprentissage d’une langue étrangère de manière similaire.

La plupart des gens considèrent qu’une langue se résume à des mots, des règles et de la grammaire. Dans la pratique, il n’en est rien.

Pour certaines personnes, une langue étrangère est associée à la liberté.

Pour d’autres, à un déménagement.

Pour d’autres encore, à une carrière.

Pour certains, à la peur de commettre des erreurs.

Pour d’autres, à l’amour.

Ou encore à un sentiment de valeur personnelle.

Ainsi, la langue devient bien davantage qu’un ensemble de mots : elle se transforme en un système complexe de significations, d’émotions, d’attentes et de réactions intérieures.

Et si ce système existe comme une totalité dans l’expérience d’une personne, il peut lui aussi être exploré à travers une représentation symbolique.

C’est précisément ici qu’il me paraît important d’évoquer les travaux de Carl Jung, qui a étudié les structures archétypales de la psyché, ceux de Milton Erickson, qui utilisait les états de transe pour accéder aux ressources cachées de la personne, ainsi que ceux de Vladimir Raïkov, qui a exploré le phénomène de l’identification créatrice et la capacité de l’être humain à modifier temporairement son mode de perception grâce à une immersion profonde dans une image ou un rôle.

Cependant, aujourd’hui, ce n’est pas tant l’image elle-même qui m’intéresse que le processus.

Je constate de plus en plus souvent que de nombreuses difficultés persistent non pas parce qu’une personne manque d’informations.

Le plus souvent, elle dispose déjà de bien davantage d’informations qu’elle ne le pense.

La difficulté réside ailleurs.

Elle réside dans le fait que la personne continue d’observer la situation depuis un seul et même point de vue.

Depuis l’intérieur de sa propre histoire.

Depuis l’intérieur de ses croyances.

Depuis l’intérieur de ses peurs et de ses attentes.

C’est pourquoi je m’intéresse de plus en plus à ce que j’appelle l’identification conceptuelle.

Si un système peut être distingué comme une réalité autonome de l’expérience, il devient possible d’établir un contact avec lui.

Si ce contact est établi, l’exploration peut commencer.

Et lorsqu’elle est menée avec rigueur, un processus de décodage se met en place.

À mes yeux, ce décodage constitue l’une des compétences les plus sous-estimées du travail psychologique contemporain.

Car la véritable valeur ne réside ni dans l’apparition d’une image, ni dans celle d’un symbole, ni même dans l’état de transe lui-même.

Elle réside dans la capacité à comprendre ce que ce symbole cherche à transmettre et de quelle manière cette information est liée à la réalité concrète de la personne.

C’est précisément pour cette raison que les réflexions interminables autour d’un problème m’intéressent de moins en moins, tandis que je m’oriente de plus en plus vers les méthodes qui permettent d’en percevoir la structure dans son ensemble, avec suffisamment de profondeur pour rendre visible ce qui demeurait jusque-là hors du champ de l’attention.

Et cela concerne toutes les sphères de la vie humaine.

Chaque fois que nous sommes capables de reconnaître quelque chose comme un système cohérent d’expérience, nous obtenons la possibilité d’entrer en dialogue avec ce système, de l’explorer et d’accéder à des informations qui nous demeuraient invisibles tant que nous ne l’observions qu’à partir d’un seul point de vue.

Ce dont il est question dans cet article représente, parmi toutes les approches avec lesquelles j’ai travaillé, l’une des manières les plus élégantes, les plus profondes et les plus concrètes d’explorer l’expérience humaine.

C’est précisément ce qui rend cette idée si fascinante.

Elle permet de regarder les défis ordinaires de la vie sous un angle entièrement différent.

Afin de ne pas rester au niveau théorique, je vais présenter deux exemples que l’on rencontre quotidiennement dans la pratique professionnelle et qui concernent des millions de personnes, indépendamment de leur âge, de leur profession ou de leur niveau d’études.

Le premier exemple concerne la réalisation professionnelle.

Imaginons un chirurgien talentueux qui, depuis de nombreuses années, réalise des opérations extrêmement complexes, bénéficie du respect de ses collègues et de ses patients et accomplit son travail avec excellence.

Un jour, il est nommé à la tête d’un grand service hospitalier.

En apparence, rien n’a changé.

Nous avons devant nous la même personne, avec la même intelligence, la même expérience, la même formation et les mêmes compétences professionnelles.

Pourtant, quelque temps plus tard, des difficultés commencent à apparaître.

De l’extérieur, elles sont souvent attribuées à la surcharge de travail, au stress, au manque de repos ou à l’accumulation de responsabilités.

Mais lorsqu’on examine la situation plus en profondeur, on découvre souvent qu’il s’agit de tout autre chose.

Avant sa promotion, cette personne entretenait déjà une relation avec la médecine, la chirurgie, les patients et la recherche scientifique. Après sa promotion, de nouveaux systèmes apparaissent dans sa vie : le management, la direction d’équipes, la responsabilité collective, la prise de décision, la gestion des ressources et les relations avec l’administration.

Chacun de ces systèmes existe non seulement dans le monde extérieur.

Il existe également dans la psyché de la personne.

Et c’est précisément ici que ce qui précède prend toute son importance.

Si un système existe, il peut être conceptualisé.

S’il peut être conceptualisé, il peut être représenté à travers un symbole.

Et lorsqu’un symbole apparaît, le dialogue devient possible.

Par exemple, le fait de diriger des personnes cesse d’être une simple fonction professionnelle.

Cela devient un système d’expérience à part entière, doté de son propre sens, de sa propre représentation symbolique et de sa propre place dans la psyché de l’individu.

C’est pourquoi l’exploration ne porte pas uniquement sur la personne elle-même ni sur son histoire personnelle.

Elle porte également sur le système lui-même : son symbole, son image et le dialogue qui émerge au contact de cette image.

Vient ensuite le processus de décodage.

Et c’est souvent à ce moment-là qu’un phénomène remarquable se produit.

Ce qui était perçu pendant des années comme un problème complexe commence soudainement à devenir évident. Parfois, aucune longue explication n’est nécessaire. La personne voit le symbole. Elle voit la structure. Elle en comprend le sens. Et la solution apparaît presque instantanément.

Comme si un mur qui obstruait la vue depuis des années disparaissait soudainement.

Non pas parce qu’une nouvelle information est apparue, mais parce que devient enfin visible ce qui était resté caché pendant longtemps et que la psyché percevait comme une source de tension, de menace ou de conflit intérieur.

Le second exemple concerne les langues étrangères.

C’est dans ce domaine que je constate le plus souvent à quel point l’éducation moderne sous-estime les mécanismes profonds du fonctionnement psychique.

Lorsqu’on demande à une personne ce que représente une langue étrangère pour elle, sa réponse se situe généralement au niveau conscient.

Les voyages.

La culture.

La littérature.

La carrière.

Un pays particulier.

La musique.

Une belle prononciation.

Pourtant, l’expérience montre que ces réponses n’expliquent pas nécessairement pourquoi certaines personnes progressent rapidement alors que d’autres restent bloquées pendant des années au même niveau.

Car, dans la psyché d’un individu, une langue étrangère existe rarement comme un simple ensemble de mots, de règles grammaticales ou d’associations culturelles.

Le plus souvent, elle est liée à un système beaucoup plus profond de significations, d’objectifs, de peurs, d’attentes et d’enjeux de vie.

Pour l’un, elle est liée à un déménagement.

Pour un autre, à une nouvelle profession.

Pour un troisième, à la nécessité de recevoir des soins dans un autre pays.

Pour un quatrième, à un travail scientifique, à un livre ou à un projet qu’il considère comme l’œuvre de sa vie.

Pour un cinquième, à la réalisation d’un chemin qu’il perçoit comme sa vocation.

Derrière l’apprentissage d’une langue se cache donc souvent un système bien plus profond qu’un simple besoin pratique ou qu’un ensemble de symboles de surface.

C’est précisément ce système qu’il est important d’explorer.

Non pas une liste de mots.

Non pas un nouveau programme d’étude.

Non pas un nouveau tableau d’organisation.

Non pas un énième agenda linguistique.

Mais la structure intérieure dont cette langue fait déjà partie.

Plus j’étudie les questions liées à l’apprentissage, plus je suis convaincue qu’un spécialiste qui accompagne une personne dans l’acquisition d’une langue ne peut se contenter de connaître les règles linguistiques fondamentales.

Il doit comprendre les mécanismes de perception, le fonctionnement de l’attention, de la mémoire, de la motivation, de la pensée et de la psyché humaine dans son ensemble, ainsi que les particularités propres à chaque personne.

Car, au bout du compte, il ne s’agit pas d’une langue. Il s’agit d’un être humain.

C’est pourquoi le travail à travers la représentation symbolique d’un système se révèle si intéressant et si efficace.

Si un système significatif existe, il peut être conceptualisé. S’il peut être conceptualisé, il peut posséder une représentation symbolique. Et si une représentation symbolique existe, il devient possible d’entrer en dialogue avec elle.

C’est à cet endroit que la personne accède à des informations qui demeuraient auparavant invisibles à son regard habituel.

C’est également là que se trouvent souvent des solutions qu’il était impossible de découvrir pendant des années par une analyse directe.

Et c’est là que l’on comprend à quel point la psyché humaine possède des ressources extraordinaires lorsque nous cessons de travailler uniquement sur un problème isolé pour commencer à explorer le système dans lequel ce problème existe.

Cela concerne pratiquement toutes les sphères de la vie humaine : la santé, l’argent, l’entreprise, l’amour, le partenariat, la créativité, l’éducation, la réalisation professionnelle et le développement personnel.

Car chaque fois qu’une personne cesse de considérer une difficulté comme un événement isolé et commence à percevoir le système dans lequel elle s’inscrit, elle accède à un niveau de compréhension entièrement nouveau.

Et avec cette compréhension apparaissent souvent des solutions qui pouvaient rester invisibles pendant des années.

Alesia Duval

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